Les fantômes du Shaman

Crédit photo; Christophe Breschi
Crédit photo; Christophe Breschi

 

Je ne voulais pas répéter encore une fois ce que vous avez déjà lu dans la presse ou sur les réseaux sociaux, je cherchais à vous raconter l’histoire différemment. J’ai donc choisi de revenir sur cette victoire dans la première étape de la Mini Transat avec un autre angle. Plutôt que de vous parler de la météo, d’option est ou de mes problèmes d’électronique, j’ai décidé de vous parler de deux personnes qui m’ont accompagné durant ma navigation, d’une manière toute particulière...

Crédit photo; Horizons-photo, Lucien Kolly
Crédit photo; Horizons-photo, Lucien Kolly

«Comment se retrouve-t-on à la barre d’un dragster des mers à traverser l’Atlantique en solitaire?» Cette question m’a souvent été posée et je vais vous apporter ici un élément de réponse. Au-delà du rêve qui m’a toujours animé et que je n'ai eu de cesse d'alimenter à coup de récits de course piochés ça et là dans les magazines, il a fallu un facteur déclencheur. 

 

Pour pour moi, ça a été un grand-père.

 

Un grand père fauché par une maladie alors que rien ne laissait présager un départ aussi précipité... En voyant quitter le monde de la sorte une personne qui la veille descendait et remontait quotidiennement ses dix étages pour aller chercher son journal, je me suis vraiment rendu compte que la vie était précieuse et qu’il fallait vivre ses rêves pendant qu’il en était encore temps. Mon grand-père était quelqu’un que j’aimais énormément et qui avait toujours essayé de me comprendre et de me soutenir... Même dans les périodes les plus compliquées de ma vie, quand j’avais moi-même du mal à me regarder dans un miroir. Son départ m’a affecté au plus profond de moi, premier de mes supporters dans mes passes d’armes lémaniques, je suis sur qu’il aurait été le très fier de me voir me lancer dans cette incroyable aventure! 

La deuxième personne dont je voulais vous parler est un ami d’enfance... Un ami de mes parents en fait, qui m’a vu grandir et m’a surement fait sauter sur ses genoux de temps à autre. Personne d’une gentillesse et d’une bienveillance hors du commun et qui adorait rendre service aux autres, surtout quand il s’agissait de faire de conneries, mais des belles! Une transat' en solitaire sur une savonnette par exemple, ça lui plaisait bien. Au point qu’il a commencé à m'aider au-delà du raisonnable, me trouvant des partenaires en conviant son carnet d’adresses à un dîner de soutien afin de me permettre de lever les fonds nécessaires à la nouvelle garde-robe de mon Shaman... Jusqu’à ce que quelques jours avant cette fameuse soirée, il nous quitte lui aussi, de manière encore plus soudaine que mon grand-père, s’endormant une nuit pour ne plus se réveiller. Je me revois dans ma cuisine recevant de mes parents le SMS m’annonçant la déchirante nouvelle, je ne pouvais, ne voulais y croire... Encore une fois, le constat s’imposait à moi de façon implacable; la vie n’attend pas! C’est son chapeau que je porte sur cette photo, chapeau que m’ont remis ses amis, bourré d’enveloppes qu’ils avaient remplies en sa mémoire pour m’aider à accomplir ma traversée. Sa dernière action en ce monde aura été de m’accompagner dans ma connerie, j’en serai à jamais extrêmement touché!

Crédit photo; Christophe Breschi
Crédit photo; Christophe Breschi

Mon grand-père est né un premier octobre, Claude est décédé un 11 octobre. J’ai quitté la Rochelle le premier octobre le couteau entre les dents pour arriver en vainqueur à Las Palmas le 11 octobre. On l’a déjà répété en long en large et en travers, les conditions météo de cette première étape ont été très différentes de la normale, vous comprenez, je pense, à la lecture de ses lignes qu’au-delà du résultat, elle gardera pour moi une saveur particulière... Il fallait être guidé pour trouver son chemin dans ce marasme météorologique, je pense que chacun des bateaux engagés avait son lot de fantômes, ils ne faisaient juste pas le poids face à ceux du Shaman! 

 

Cette victoire est la leur.